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Sous-répartiteurs, 10 Mbits pour tous et "Montée en Très Haut Débit sur Cuivre", 22 juillet 2008

Le SYCABEL (syndicat professionnel des fabricants de fils et câbles électriques et de communications) a envoyé au gouvernement une étude pour amener 10 Mbits/s à plus de la moitié de la population, qui ne bénéficie pas de ces débits. Par ailleurs, France Télécom réfléchit à l’évolution de son réseau cuivre. Des hypothèses de modification de la boucle locale d’actualité, avec l’obligation de formuler une offre de dégroupage au sous-répartiteur, adoptée dans la LME.

Une étape vers le THD, pour généraliser le triple play

Le Sycabel propose une étape consistant à fibrer les sous-répartiteurs afin de réduire la longueur de la liaison cuivre ; ensuite deux possibilités :
- soit de mettre un mini-DSLAM au sous-répartiteur
- soit de déporter les liaisons ADSL qui resteraient au NRA (et éventuellement le téléphone) en les multiplexant sur les fibres

Le nombre de fibres posées serait suffisant pour une réutilisation en FTTH, en fibrant la partie aval du sous-répartiteur dans une deuxième étape.

En première approximation, il est considéré que les longueurs de lignes sont assez homogènes. Il s’agirait donc de raccorder 75.000 sous-répartiteurs, touchant environ 55% des lignes (19,25 millions de lignes), pour offrir du 10 Mbits/s sur une distance de moins de 1.750 m sur cuivre, avec un coût estimé de 5 à 7 milliards d’euros.

Ne sont pas comprises dans cette étape, les zones très denses, qui passeront directement en FTTH (estimées à 5,6 millions d’habitants, soit 16% des lignes), ni celles de moyenne densité avec des lignes assez courtes pour avoir du triple play depuis le répartiteur (en supposant que tous les NRA soient fibrés, ce qui n’est pas le cas actuellement). Le scénario du Sycabel ne l’évoque pas, mais une partie ces lignes de longueur moyennes, dans des zones trop peu denses pour justifier du FTTH, pourraient monter en débit avec du VDSL. France Télécom réfléchirait en ce moment à un plan de "Montée en Très Haut Débit sur Cuivre", et aurait réactivé sa plate-forme d’essai VDSL...

(voir ci-dessous schémas et calculs dans la note du Sycabel)

Les avantages d’un scénario par étape

Il est tout d’abord constaté que le déploiement du FTTH par les opérateurs privés ne va concerner qu’une partie des lignes qui ont déjà le meilleur débit. Autrement dit, cela n’améliore pas ceux qui n’ont rien ou peu, et le fossé s’agrandit.

D’autre part, il est très clair que le fibrage généralisé sera très long à réaliser. Il faut trouver beaucoup d’argent (une première estimation était de 30 milliards d’euros), et faire un déploiement compatible avec les capacités industrielles. Conséquence : ne rien faire entraînerait un écart qui pourrait atteindre 10, voire 20 ans pour certains territoires.

Certains évoquent à ce sujet la possibilité d’utiliser plutôt les fréquences hertziennes (LTE, WiMAX, utilisation du dividende numérique...). Même si des débits supérieurs à 10 Mbits/s sont annoncés, il ne faut jamais oublier que les débits se partagent dans une bande passante limitée. La "zone de pertinence" du hertzien sera donc limitée soit aux zones très peu denses, soit très temporairement aux zones denses, en attente de solutions filaires.

Un scénario filaire par étape a donc l’avantage de ne pas laisser trop en arrière la majorité du territoire. Etant transitoire, il est nécessaire qu’il s’amortisse sur une durée courte ou que les investissements soient ré-employables pour le très haut débit.

L’étape fait également sens pour développer la base économique du très haut débit, côté clients : une amélioration du service élargira la base des abonnés haut débit, notamment pour les offres de télévision, ce qui permettra d’amortir plus facilement le très haut débit.

Une généralisation du 10 Mbits/s ferait également sens pour les opérateurs et les fournisseurs de services, en particulier côté audiovisuel ou jeux, assurés d’un doublement du marché français (VoD, etc.).

Toutes ces considérations avaient notamment conduit l’AMF l’ADF, l’ARF et l’AVICCA à parler de "montée en débits" dans la plate-forme commune : "Les zones les plus denses vont pouvoir basculer directement du haut au très haut débit via la construction de nouveaux réseaux. Le reste du territoire ne doit pas rester en l’état : il faut pouvoir y organiser la "montée en débits" sans attendre un basculement trop différé dans le temps, en améliorant les réseaux existants dans des conditions neutres et transparentes."

C’est en effet là que le scénario du Sycabel se heurte à la stratégie des opérateurs et à l’état de la régulation.

Modifier le cadre pour mettre en place un scénario par étape

Le scénario du Sycabel repose sur quelques hypothèses aujourd’hui non vérifiées, concernant les possibilités d’action au sous répartiteur et les coûts de génie civil ou de location de fourreaux pour assurer la collecte.

Pour le sous-répartiteur, deux hypothèses sont soulevées :

- l’implantation d’un mini-DSLAM. Cette voie soulève deux objections. La première est opérationnelle : pour l’exploitation du réseau, implanter et exploiter des équipements actifs, abrités dans 75.000 armoires de rue, n’est pas équivalent à le faire dans 8 ou 10.000 NRA. La seconde est concurrentielle : il faut que le DSLAM soit partagé, vu la faible taille de la zone desservie. Il s’agirait donc d’une régression par rapport à la zone de dégroupage actuelle dont ne veulent ni l’ARCEP ni les opérateurs alternatifs. C’est d’ailleurs une des raisons principales pour laquelle le dégroupage au sous-répartiteur, dont le principe était déjà acquis, n’a jamais été complètement testé, ni n’ait donc donné lieu à une offre de France Télécom.

- le multiplexage des lignes, et la télé-alimentation. Cette voie permet de limiter des investissements qui seront inutiles dans la deuxième phase (extension de l’armoire, alimentation électrique etc). Mais aujourd’hui France Télécom l’interdit.

La réalité de ce type d’opération aujourd’hui, avec un mini-DSLAM, s’appelle NRA ZO. Les coûts moyens (80.000 euros) font monter la facture d’une généralisation effectivement à 6 milliards d’euros, mais les deux tiers sont "à jeter" pour le FTTH : tous les frais de France Télécom (environ 20.000 euros) et l’aménagement de l’armoire de rue (20.000 euros). Seule la collecte serait réemployée, si elle est en fibre (ce qui est loin d’être le cas général pour les NRA ZO actuels : avec une liaison cuivre, rien ne sert au FTTH futur).

Pour la collecte, le Sycabel fait également l’hypothèse que les infrastructures sont existantes et mutualisables, c’est à dire gratuites. Ce n’est malheureusement pas le cas. Passer par les fourreaux inutilisés de FT, en zone rurale, revient 4,9 E/m/an. Autrement dit, si les 200.000 km de câble optique pour relier les sous-répartiteurs transitaient par les fourreaux de FT, il faudrait rajouter la modique somme d’un milliard d’euros par an. Au lieu de 6 milliards, la facture monte à 21 sur quinze ans... Même en creusant à côté des fourreaux de FT (ce qui permettrait de se faire accuser de "doublonner" les réseaux !), et en amortissant sur 30 ans, dans la perspective du FTTH l’addition reste très élevée.

En résumé le scénario du Sycabel a le grand mérite de montrer qu’une étape de montée en débit est intéressante... mais qu’il faut modifier le cadre actuel pour y arriver.



1.6 Mo - Sycabel TriplePlay 2012


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