Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel
       
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THD 2011 - TR4 : Nouveaux Réseaux d’initiative publique FTTH, 12 mai 2011

Animation : Patrick VUITTON, Délégué général – AVICCA
Intervenant :

|Télécharger les actes de la table ronde 4 (pdf)



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Patrick VUITTON
Cette dernière table ronde a pour objectif de vous présenter les derniers projets FTTH qui ont émergé, avec deux approches qui coexistent, aussi bien sur les réseaux classiques d’initiative publique que sur le FTTH, l’une en procédure de type DSP (mais nous aurons sans doute prochainement des PPP également), et l’autre à travers une régie. Je vais donc demander à Monsieur Idir AÏT-ARKOUB, Vice-président de Laval Agglomération, de nous présenter le projet qui a été signé en janvier.

Idir AÏT-ARKOUB, Vice-président de Laval Agglomération
(cette présentation s’appuie sur un diaporama)

La délégation de service public sur le territoire de Laval Agglomération a effectivement été signée le 5 janvier dernier.



Je commencerai par présenter Laval Agglomération, cette charmante agglomération qui se situe en Mayenne dans l’ouest de la France entre Le Mans et Rennes.

Laval Agglomération : un territoire performant
Laval, ville la plus attractive de France pour les entreprises : c’était le classement de Express en 2008, mais n’ayant pas d’information plus récente, je la conserve. Il y a 100 000 habitants sur le territoire, contre 300 000 sur le département : un tiers vit donc sur Laval Agglomération. Plus de 4 000 entreprises y sont installées, des entreprises « leaders mondiales » (Lactalis) de l’industrie agro-alimentaire, laitière... Cela représente un bassin d’un peu plus de 30 000 emplois. Le département de la Mayenne compte également 4 500 étudiants, dont 4 100 sur Laval Agglomération.



Une ambition : un territoire 100 % numérique
Deux objectifs avaient initialement été identifiés. La première mission était de pouvoir desservir l’ensemble des zones d’activité économique en fibre optique, et la deuxième de desservir en FTTH les foyers de l’agglomération lavalloise. Dans le vote qui a eu lieu en février 2008 en conseil communautaire, une part de subvention publique de 10 millions d’euros avait été attribuée. Nos objectifs étaient la cohésion sociale, le développement économique et la suppression de la fracture numérique territoriale. En effet, dans Laval Agglomération, il y a une zone urbaine, la ville de Laval au centre avec 50 000 habitants, et le reste est une zone non urbaine, très peu dense.



Une démarche volontaire : lancement d’une procédure de DSP Très Haut Débit
Un bref historique me permettra de vous faire comprendre notre démarche et notre cheminement au cours des négociations que nous avons menées avec les différents candidats ayant répondu à cette DSP. Nous avons démarré en février 2008 avec la délibération du conseil communautaire. Décembre 2009 : lancement de la procédure de la délégation de service public. De mars à octobre : auditions et négociations, cela a été une période assez intense. Et 5 janvier 2011 : signature du contrat de délégation de service public 100 % FTTH, avec le candidat retenu.



Une démarche volontaire et cohérente sur tout le territoire
Laval Agglomération est leader du déploiement de réseaux en dehors des zones très denses : c’est en effet la première agglomération de cette taille en France à faire du 100 % FTTH sur son territoire. La compatibilité avec le volet numérique du grand emprunt a également été un élément important dans le choix du candidat retenu.


Le THD de Laval Agglomération
Certains intervenants ont parlé de zones, denses, non denses, zones 1, 2, 3, etc… Laval Agglomération n’est ni en zone 1, ni 1 bis, ni autre. La ville de Laval fait partie des villes sur lesquelles il y a une intention de déploiement par un opérateur privé, mais ce n’est absolument pas le cas sur les 19 autres communes de l’agglomération. Tout l’objet de nos négociations et de nos discussions était donc de trouver une solution pour que l’ensemble du territoire soit totalement homogène, afin que, quelque soit le foyer ou l’entreprise installée sur notre territoire, chacun ait la possibilité d’avoir le même niveau de service et la même qualité de réseau.





Des zones denses et moins denses
Sur ce schéma, en haut, la ville de Laval avec une partie centrale plutôt urbaine, moyennement dense, et également des zones d’activité. Sur la deuxième partie de notre agglomération (en bas), il s’agit de zones majoritairement rurales. Plus on s’éloigne de la ville centre, plus la densité est faible. Nous sommes donc dans un équilibre entre zones moyennement denses et zones denses.


Une démarche cohérente entre fonds privés et fonds publics
Toute la réflexion que nous avons menée a porté sur le fait que nous devions avoir une cohérence entre les investissements privés et les investissements publics. La ville de Laval en zone centre représente un peu plus de 26 000 prises FTTH. En dehors de Laval, nous sommes entre 16 000 et 17 000 prises, soit un total de 43 000 prises FTTH. Sur la partie Laval, l’initiative privée équipera l’ensemble de la ville en FTTH. On peut se poser la question suivante : cette opération étant liée à des investisseurs privés, quelle est la garantie, en tout cas pour nous Laval Agglomération et son périmètre de 20 communes, que l’ensemble du déploiement de la ville centre soit réalisé, et dans un délai qui soit le même pour tout le territoire ? Cela a été un élément clé de notre contractualisation : en fait, notre délégataire se substituera à l’opérateur privé si le FTTH n’est pas fait dans les 7 ans sur la ville de Laval.



En dehors de la ville, sur les 19 autres communes, nous avons l’intervention de la subvention publique. Cela permettra, dans 7 ans, que 100 % du territoire de Laval Agglomération soit équipé en FTTH pour les foyers et que le déploiement en fibre optique soit réalisé pour toutes les zones d’activité. Bien sûr, même si nous avons commencé ce travail dès 2008, notre démarche est totalement compatible avec le schéma départemental, dans lequel nous nous sommes inscrits, ainsi qu’avec le schéma de cohérence régional.

Le calendrier de déploiement
Le calendrier de déploiement permet d’avoir une visibilité sur les délais. Pour la première mission : 100 % des zones d’activité seront raccordables à T0 + 18 mois, soit à la fin de l’été 2012. Pour la deuxième mission, la mission FTTH : le déploiement va courir sur 7 années, en parallèle sur les périmètres hors Laval et complémentaire Laval. La troisième mission doit permettre à l’ensemble des foyers de Laval Agglomération qui ne seront pas servis dans les premières années de bénéficier quand même d’une offre satellitaire pour un débit de 2 Mbit/s. En effet, aujourd’hui encore, dans certaines zones de l’agglomération, il n’y a aucune possibilité d’avoir ne serait ce qu’un accès internet à un coût raisonnable.



Le contrat en bref
Le 5 janvier dernier, Laval Agglomération a donc signé avec son délégataire un contrat de DSP très haut débit, pour une durée de 25 ans. J’en rappelle rapidement les objectifs : 100 % des foyers et des entreprises seront ainsi couverts en très haut débit en 7 ans avec un déploiement progressif entre les 20 communes de l’agglomération. 86 % de chacune des communes de l’agglomération sera couverte à 36 mois et une solution de 2 Mbit/s par satellite dans les 12 mois. Il s’agit d’un réseau ouvert aux opérateurs d’entreprises et à tous les fournisseurs d’accès internet. Pour cela, notre délégataire a créé une filiale sur Laval, Laval Très Haut Débit, qui compte trois salariés permanents et un quatrième en équivalent temps plein, avec des spécialités qui tournent.


Les services
Nous avons deux réseaux et deux types de services. Un réseau purement très haut débit entreprise : Laval Très Haut Débit commercialisera auprès des opérateurs d’entreprises et des organismes publics des services très haut débit (location de fibre optique, bande passante Ethernet, hébergement d’équipements). Ces opérateurs revendent des services spécifiques pour les entreprises en utilisant ce réseau. Le deuxième réseau est le réseau FTTH : Laval Très Haut Débit commercialisera auprès des FAI l’usage d’un réseau FTTH.



Le réseau THD « entreprise » projeté
Cette cartographie permet de visualiser le réseau entreprise, le backbone en fait.



Le déploiement du réseau THD entreprise
Il représente un peu plus de 200 km de fibre optique à déployer, 130 km de génie civil à réaliser et 11 shelters, tous les équipements, les armoires, en 18 mois.

Laval Très Haut Débit a en charge le déploiement des réseaux, les études et les travaux. Les études sont validées par Laval agglomération et Laval Très Haut Débit. Le contrat indique un certain nombre de jalons, nous avons donc des comités de suivi, des comités directeurs, réguliers.



Les demandes de permission de voirie seront signées par Laval Très haut Débit.



Sur cette carte, en complément de la précédente, vous voyez arriver le réseau FTTH qui s’appuie sur le backbone.

Le déploiement du réseau FTTH
Cette diapositive reprend les principaux chiffres en termes de NRO et autres équipements qui seront à réaliser sur Laval Agglomération. Pour déployer le FTTH, nous ferons une utilisation massive du génie civil créé pour la mission 1, de la location du génie civil en utilisant l’offre régulée et nous utiliserons des génies civils tiers disponibles.



Patrick VUITTON
Laval a choisi un délégataire après une négociation, vous aviez d’autres candidats, vous avez donc obtenu a priori le prix le plus bas. Quelques mois après, France Télécom déclare qu’il va faire pareil partout. Est-ce pareil partout gratuitement, les AMII, en termes de délais, de couverture, en particulier de celle des zones d’activité ou des professionnels, et de propriété du réseau qui vous revient à la fin ? Ou bien avez-vous le sentiment d’avoir obtenu quelque chose de plus satisfaisant qu’une simple déclaration ?

Idir AÏT-ARKOUB
J’aurais du mal à répondre à la place de France Télécom, puisque je ne suis ni VRP, ni salarié de France Télécom ! Concernant Laval Agglomération, nous avons peut-être eu la chance de passer au début et de pouvoir effectivement négocier ce que nous considérons aujourd’hui comme étant un bon contrat. Il reste encore à le mettre en place et à déployer le réseau, cela nécessite une surveillance régulière et je vous ai parlé des comités de suivi. Mais ce n’est pas uniquement une question de candidat, nous considérons vraiment avoir retenu la meilleure proposition, au vu à la fois des contraintes de territoire et de délai et, élément non négligeable, nous permettant toutefois de bénéficier de subventions puisqu’une grande majorité de notre territoire est en zone très peu dense.
Patrick VUITTON
Merci. Nous enchaînons avec Yves MACHEBŒUF, Président de la régie Fibre Optique de Saint-Quentin-en-Yvelines, une zone assez dense et active.

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Yves MACHEBŒUF, Président de la régie Fibre Optique Quentiop
(cette présentation s’appuie sur un diaporama)

C’est un plaisir de revenir ici : il y a cinq ans, j’étais au même endroit, invité par l’Avicca à un colloque, pour présenter la préemption du réseau câblé de Saint-Quentin-en-Yvelines, la seule qui ait été faite par une collectivité en France, en vous disant que nous avions plein de projets comme vous allez pouvoir le constater.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, et pour que vous puissiez comprendre pourquoi nous avons fait le choix de créer une régie et non pas de lancer une autre procédure, il faut rappeler le contexte.



Saint-Quentin-en-Yvelines
L’agglomération représente 7 communes, 150 000 habitants, 110 000 emplois, plus de 7 300 entreprises dont 98 de TPE et PME, avec des grands groupes comme Renault, le plus gros, qui représente 13 000 emplois.



Sur ce territoire dont la superficie est à peu près celle de Paris, nous avons deux zones très denses sur les 7 communes, et les autres ne le sont pas. Notre territoire est donc un peu représentatif de la France, avec des zones très urbaines et des zones très rurales, même sur cette petite surface. Cela nous amène naturellement à suivre l’ensemble de la réglementation en détail, cela est nécessaire pour mettre en œuvre ce projet de réseau FTTH sur l’ensemble du territoire.

Contexte
Nous avons la chance d’être un territoire issu de ville nouvelle, donc avec une infrastructure déjà réalisée et assez récente qui est maîtrisée par la communauté d’agglomération. Depuis 30 ans, il y a une politique naturellement volontariste d’enfouissement de réseau : aujourd’hui, à travers le réseau câblé que nous avons racheté, nous avons donc une architecture télévisuelle existante sans antennes paraboliques, ou très peu (il y en a quand même quelques unes !) et sans antennes hertziennes. Il y a déjà depuis très longtemps une culture issue du plan câble sur ce territoire, avec une volonté politique d’aller dans le sens de l’utilisation de ces outils.





En 2005, lorsque nous avons racheté le réseau câblé, nous l’avons tout de suite modernisé et étendu dans les zones qui n’étaient pas encore câblées à l’époque, toutes les zones dites peu rentables. Aujourd’hui, la fibre du réseau câblé, puisque le réseau de transport horizontal est en fibre, mais aussi la fibre du futur réseau FTTH, sont poussées aux endroits les plus extrêmes des hameaux. L’aspect horizontal du réseau est donc déjà mis en place. Cette maintenance est assurée par la collectivité, et non par la régie qui est une structure à part.

Dernier élément, la moyenne d’âge sur ce territoire est d’à peu près 33 ans, avec beaucoup de cadres et de techniciens extrêmement demandeurs de ce type de services !

Objectifs
Quel est l’objectif politique ? Je préside aujourd’hui cette régie Fibre Optique mais je suis issu de la communauté d’agglomération. Les élus ont repris tout ce que j’ai pu entendre depuis deux jours en voulant faire un réseau d’abord pour tous, sur l’ensemble du territoire, tant pour les particuliers que pour les entreprises ou les collectivités. Notre objectif depuis 4 ans, même si les choses ont beaucoup évolué en ce sens dans la réglementation, est de permettre à ce réseau d’être ouvert à la concurrence, de voir tous les opérateurs et de construire un cadre légal pour leur permettre de venir.

Nous avons aussi fait le choix de porter la fibre optique jusqu’à l’usager, c’est-à-dire de ne pas s’arrêter au palier par exemple mais d’aller jusque dans le logement ou dans l’entreprise.





Cette volonté politique affirmée de maîtrise publique a été actée en février 2009 par le vote unanime de l’ensemble des élus de l’agglomération qui ont décidé de mettre sur la table 35 millions d’euros pour permettre dans un délai relativement court, deux ans à l’époque mais la réglementation est arrivée et a freiné tout cela, de fibrer l’ensemble de ce territoire de 65 000 prises, à tous les niveaux que j’ai indiqués précédemment.

Modes de gestion envisagés
Quels types d’outils utiliser pour parvenir à mettre en œuvre cette politique ?

Vous trouverez ici résumées les 4 structures possibles : SEM, régie, DSP, PPP. Notre objectif est d’essayer de garder la maîtrise des choses, afin que le politique ait toujours la possibilité d’orienter ses choix. La DSP et le PPP figeaient les choses au départ et étaient beaucoup plus complexes, nous l’avons vu aujourd’hui au cours des précédentes interventions. Il restait deux structures, les SEM et les régies, et comme nous avions la volonté d’aller assez vite, la régie nous a paru être l’outil le plus facile à mettre en œuvre et nous permettant concrètement d’atteindre les objectifs le plus vite possible. La SEM était aussi un bon outil mais avec un inconvénient, puisqu’il fallait trouver un partenariat privé.



Aujourd’hui, nous avons un outil qui nous permet au fil de l’eau de suivre les évolutions de la réglementation, et je pense qu’il en y aura encore dans les mois à venir. La régie s’adapte au fur et à mesure de ces évolutions, elle permet aussi de faire les modifications nécessaires sur ce réseau au niveau de l’infrastructure horizontale qui a été créée il y a un certain nombre d’années.

Solution retenue
Cette Régie d’exploitation Fibre Optique de Saint-Quentin-en-Yvelines, a abouti au nom de Quentiop (Quentin Optique ou Quentin Opérateur, on peut imaginer beaucoup de choses !), qui est le nom commercial de la régie.



Elle permet donc un contrôle efficace. Le conseil d’administration est composé de représentants de l’agglomération mais aussi et surtout d’un représentant par commune, l’ensemble des élus sont donc impliqués dans la réflexion. En tant que président, ce n’est pas la chose la plus simple d’amener mes collègues à rester dans le même niveau de connaissance de la situation. Vous imaginez la difficulté qu’il peut y avoir à faire comprendre ces évolutions et pourquoi cela ne va pas aussi vite qu’on le souhaiterait, etc... Mais néanmoins ce conseil d’administration permet à chaque commune de comprendre les mécanismes. Cela prend du temps, mais nous nous y attelons avec le directeur de la régie, et c’est assez réussi, pour l’instant tout le monde arrive à suivre.

C’est un établissement public local industriel et commercial, et un opérateur à part entière, au même niveau que les autres opérateurs, avec des devoirs que nous devons respecter. Nous essaierons de rester dans ce cadre, même s’il est parfois difficile pour une structure d’ordre public d’être mise en concurrence avec une structure d’ordre privé. Néanmoins, nous relevons le défi !

Situation
Aujourd’hui nous sommes donc propriétaires du réseau qui a été modernisé au niveau du câble. Il y a 60 000 prises existantes avec des débits relativement corrects et nous nous lançons dans la réalisation de 60 000 prises FTTH dans les 3 ans à venir.





Les objectifs de l’année 2011 sont les suivants : tout d’abord, densification du backbone (c’est en cours), adaptation de l’architecture initiale au nouveau cadre réglementaire, signatures d’accords avec les gestionnaires d’immeubles (en cours de préparation actuellement), et propositions de co-investissement et d’échanges d’informations avec l’ensemble des opérateurs.

Enfin, nous procédons au fibrage des premiers logements depuis le début de l’année. Il s’agit de la suite d’une phase d’essai que nous avions lancée il y a 18 mois qui nous a permis d’une part de commencer à maîtriser l’aspect technique et surtout de commencer à aller absorber les zones pauvres en ADSL (il y en a quand même, même si le réseau câblé couvre 98 % de notre territoire). Nous avons donc commencé à déployer sur ces parties-là pour acquérir une expérience. Le « grand déploiement » démarrera en 2011.

Patrick VUITTON
Nous terminons par Cœur Côte Fleurie, ce qui veut dire que nous n’avons pas respecté l’ordre de signature des contrats, puisque je crois que vous avez été aussi une des premières délégations de service public sur une agglomération ! Cœur Côte Fleurie dont nous connaissons mieux Deauville peut-être…

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Marc BOURHIS, Directeur général des services de la C. de communes Cœur Côte Fleurie
(cette présentation s’appuie sur un diaporama)



Je vais vous présenter notre petit territoire qui n’a rien à voir avec les grands territoires qui se sont exprimés. D’après l’INSEE, nous sommes 11 communes et 20 700 habitants. En réalité, nous sommes en révision de PLU, il y a 75 000 habitants en moyenne, 120 000 habitants 6 mois par an, car c’est une station qui vit 10 mois sur 12, et en juillet-août nous sommes 150 000, mais l’INSEE s’obstine à nous classer dans la catégorie 20 000 à 40 000 habitants. Il y a 140 000 lits, et comme le dit souvent mon président, Philippe AUGIER, « je doute que sur notre territoire il n’y ait qu’une personne par lit » !

Je ne suis là que depuis 2006. Durant l’été 2005, j’errais sur la côte est de l’Afrique, dans un bidonville pour une action humanitaire, et il y avait la fibre ! C’était à Mombasa sur un vieux poteau pourri ! Il y a la fibre parce que l’Afrique du Sud a mis un câble qui remonte la côte est du pays et passe ensuite dans la péninsule arabique avant de redescendre plus à l’est. En arrivant dans mon bureau à Deauville, je n’avais qu’une barre sur mon téléphone, et j’ai vite fait comprendre à mon futur président que le cuivre, c’était mort. C’est l’intérêt lorsqu’on est complètement naïf, on apprend plus vite. Nous avons donc décidé de nous lancer et d’apprendre, derrière l’ADSL, ce qu’était la fibre.

Une coopération intercommunale
Notre communauté de communes est une des plus anciennes, nous avons un PLU communautaire depuis 1974. C’est Michel d’ORNANO qui a créé ce territoire qui était déjà en intercommunalité depuis les années 60.



Nos missions
Comme la plupart des intercommunalités, nous avons pris un nombre de compétences important à compter de 2005, mais c’est surtout une espèce de PME publique, puisque nous sommes 33 personnes, avec une masse salariale de 17 %. Nous faisons surtout des infrastructures. Dès que l’on pense fonctionnement, on s’affole, je sais que nous sommes un peu isolés sur ce raisonnement, mais cela n’empêche pas que nous avons un esprit public.


Le démarrage
Le président de l’époque était très lié à un opérateur historique que vous citez souvent et dont j’ai oublié le nom, et le fait de prêcher pour la fibre optique, ce fût du sport !

Philippe AUGIER présidait une commission nouveaux projets, et rapidement, nous nous sommes dit que les gens avaient une culture, peut-être pas une culture « infra », mais une culture « gadget » : on courait après le dernier gadget, mais finalement on ne se posait pas les questions fondamentales.



La Côte Fleurie, un fois que l’on a fait de Villers-sur-Mer, Deauville, Trouville à Villerville, si l’on rentre un kilomètre dans les terres, il n’y a plus personne, ce sont de très petits villages, de 100 habitants, et il y a un dénivelé assez important car il y a un plateau. Il peut y avoir des fermes ravitaillées par un chemin de 1 à 1,5 km. Au cœur de Deauville nous avions péniblement 1 Mbit/s vendu pour du 8 Mbit/s montant et descendant, mais dans les terres, il n’y avait rien. Nous retrouvons beaucoup de points communs avec la Drôme et l’Ardèche, que nous avions d’ailleurs rencontrés à l’époque.

Nous avons donc fait défiler des experts, pour que les élus appréhendent le sujet. Dès 2007, nous avons décidé de nous appuyer sur un groupement d’experts (le Comptoir de Signaux avec Agnès HUET, Sophie GARNIER pour Sphère Publique, Partenaires Finances Locales et un géographe-directeur de recherche au CNRS sur Caen, Pascal BULÉON) qui nous ont aidé à rencontrer tous ceux qui, en France, s’exprimaient sur le sujet, notamment la Manche qui était très en avance.

Les résultats de l’étude
L’étude a permis de casser nos a priori et notamment l’idée que les zones d’activité économique tirent tout. Heureusement que nous avons fait une étude car elle a très rapidement montré que c’était le contraire : sur la côte, ce n’est pas l’activité économique qui tire tout mais bien le particulier, avec des particuliers qui, en résidence de vacances, consomment parfois plus que des grosses entreprises, et des hôtels qui, pour être attractifs, doivent proposer du 100 Mbit/s ou du 2 Gbit/s. Nous étions à la traine sur ce point, sauf à payer très cher.



Suite à cette étude technico-économique nous montrant que c’est l’habitant qui tirerait la DSP, nous sommes partis sur 55 km de fibre, avec une priorité donnée la résorption des zones blanches. Olivier DUMONT qui représente à lui seul la totalité de notre service numérique-TIC-etc. pourra vous préciser cela ensuite.

La délégation de service public
La délégation de service publique a été lancée durant l’été 2008. Il n’était pas question de faire une régie, car nous avons 17 % de masse salariale et nous voulions rester comme cela, cela permet d’éviter d’augmenter les impôts et d’investir beaucoup. En 5 ans, notre petite collectivité vient de terminer des chantiers de 120 millions d’euros d’investissement avec un emprunt assez léger, grâce à une capacité d’autofinancement forte et une faible charge salariale. Dès lors que nous avons des cadres à la hauteur, capables de bien suivre les contrats, nous sommes plutôt sur des DSP.


Les 4 points du contrat : responsabilité de la conception du réseau, maintenance et exploitation technique, commercialisation de services de transport à tous les opérateurs de manière neutre et non discriminatoire, et participation au financement du projet.

Déroulement de la DSP 1/6
L’appel à candidature a été lancé en août 2008 et retiré par 7 entreprises. Il faut savoir que, chez nous, l’opérateur historique n’est pas sans influence, puisque c’est le sponsor principal du festival du cinéma américain et du festival du film asiatique. Mais cela n’a pas ému notre commission ! Trois candidats ont finalement répondu.


Nous avons entamé les discussions et le président a souhaité se faire accompagner par les élus qui avaient fait les auditions. Lors des négociations, un candidat s’est retiré pour des raisons techniques : nous voulions faire entrer la fibre dans les habitations, mais il avait un lien avec un fournisseur qui l’empêchait d’aller au bout de sa proposition.

Déroulement de la DSP 2/6
Les deux candidats restants ont été amenés assez loin, leurs offres ont été examinées sur les critères suivants :
- La qualité technique et commerciale du catalogue de services.
- Le niveau de couverture géographique des services et de densité de pénétration du réseau. Nous avons par exemple un haras perdu sur trois communes, il s’étale sur 5 km, mais c’est le plus gros exportateur mondial de génétique animale, et il paye quelques milliers d’euros pour sa connexion. Nous avons 35 000 résidents sur le territoire, dont 24 000 résidences secondaires : un certain nombre de Parisiens en ont assez de faire la route, s’ils ont le très haut débit, nous savons que certains métiers, notamment créatifs, comme c’est déjà le cas en Ardèche, viendront vivre 4 jours chez nous et resteront 3 jours à Paris. Actuellement, ils restent 2 jours ici, mais la nuitée supplémentaire est économiquement très intéressante. C’est ce qui nous permettrait de passer la station de 10 à 12 mois sur 12.
- Le planning de mise en œuvre.
- La qualité technique du réseau en matière de construction-déploiement et d’exploitation technique et commerciale.
- La valeur financière de l’offre.



Déroulement de la DSP 3/6
Le président menait les discussions et c’est un vendeur de chevaux, le deuxième plus gros vendeur mondial… Il ne faut jamais discuter avec les vendeurs de chevaux ! C’était une bonne discussion ! Les deux candidats étaient Tutor et Altitude Telecom. Sur le premier critère, nous étions au départ sur 2 000 prises, et nous en sommes sortis au gré des discussions à 22 000 prises, c’est-à-dire les 22 000 compteurs d’eau. Mais nous avons découvert que, dans les résidences, et c’est valable partout sur les littoraux, il pouvait y avoir trois ou quatre familles derrière un compteur d’eau… Nous attaquons donc une nouvelle tranche pour passer à 35 000 prises. Cela montre que les discussions, cela permet quand même d’avancer.



Sur les 2ème et 3ème critères, Tutor proposait de couvrir 95 % du territoire sur les 36 premiers mois de déploiement (les 22 000 prises) et la résorption des zones blanches à 100 %. Une remarque : quand on entame une DSP, les zones blanches sont énormes, et dès que le contrat est signé, subitement elles diminuent ! Cela a au moins un mérite, cela doit désencrasser le cuivre !

L’autre candidat proposait un raccordement sur 3 063 sites, dans un délai de 18 mois.

Déroulement de la DSP 4/6
Tous les candidats nous ont donné des spécifications techniques très détaillées. Mais Tutor présentait un avantage dans son offre : une ouverture plus grande de son réseau avec des perspectives d’opérateurs plus intéressantes. Ce n’est pas le tout d’avoir les tuyaux, ensuite il faut avoir du monde qui vient dessus !



Déroulement de la DSP 5/6
Concernant l’aspect financier, nous sommes arrivés pour la couverture totale à un budget de 15,8 millions d’euros. Nous avons allongé à 25 ans la délégation qui était prévue sur 20 ans.

Pour nous l’argent public, c’est très précieux, mais nous savons aussi jouer notre argent : nous n’avons mis que 3 millions d’euros dans les aides publiques et cela nous coûte 600 000 euros.



Mais nous savions que nous devions passer avant les autres, premièrement parce que notre territoire est assez regardé et deuxièmement parce que nous savions que toute la France s’y mettrait et que le génie civil allait augmenter. C’est pourquoi nous avons mis le turbo, comme pour la plupart de nos chantiers. Les 120 millions d’euros de chantiers que nous avons faits, nous les avons payés au moment du creux. Mais nous savons que, dans les 10 ans qui viennent, ce qui va sauver une partie du déficit extérieur de la France, c’est vous, qui allez tous faire du génie civil. Les prix vont donc augmenter, il y aura moins de pelleteuses sur le marché… Voilà pourquoi nous n’avons pas eu trop de mal, et comment nous avons pu négocier à ces prix assez incroyables. Selon nos simulations, si on laisse passer ce créneau, nous serons à 25 millions d’euros dans deux ans. C’est pour cela qu’il faut aller vite. Tout le monde va s’y mettre, et là ce sont les entreprises de génie civil qui feront leur prix. Sur l’aspect financier, l’un des deux candidats s’est retiré et nous avons donc pris Tutor.

Déroulement de la DSP 6/6
Simultanément, le Conseil général a travaillé sur le sujet et a lancé son étude. Nous avons débattu avec lui, mais la position de Philippe AUGIER était claire. Très souvent en France, la cordée marche au rythme du plus lent, et nous aimons être en solo. Le fait d’être parti avant a aussi créé une dynamique sur le département, car le Pays d’Auge est très typique de ce qu’est le Calvados, c’est-à-dire des plaines et des vallons et de tout petits villages ; du fait qu’il y a des points d’eau partout, l’habitat est très disséminé. Si nous avions fait classiquement les choses avec un opérateur, il n’aurait été que sur le bord de mer, et l’arrière pays n’aurait jamais été couvert. Cela a été un des arguments qui a convaincu le Conseil général du Calvados, qui est également parti sur une couverture de l’ensemble de son territoire.





Le projet proposé
Tutor a commencé à creuser depuis décembre, mais avec la neige, ils ont attaqué en janvier. Ils ont déjà fait la dorsale qui, de 55 km dans les études, est passée à 138 km au cours des négociations. Nous allons fibrer 800 km environ dont 95 % des sites utilisateurs finals. Les 5 % restants, ce sont les 11 000 prises complémentaires que nous allons négocier avec l’Etat, s’il va au bout de ses dires. Nous devrions connecter avant le 26-27 avril le centre des congrès pour que les 8 élus qui doivent s’y réunir disposent de l’infrastructure très haut débit.



Grille tarifaire





Grille tarifaire



Les points clés du projet



Le déploiement en cours
Combien tout cela va-t-il coûter à l’habitant ? Pour avoir 100 Mbit/s, cela lui coûtera entre 25 et 40 euros.


Pour l’instant, Nomotech et RMI-Adista ont signé, et nous avons plus qu’une promesse de Free. Les autres opérateurs arrivent, les négociations sont entamées, nous ne sommes donc pas inquiets, il y aura une vraie concurrence. Nous passons dans leurs tuyaux, nous sommes dans le multipassage, nous ne faisons pas des trous partout… Il faut un super cabinet, mais dès qu’il y a un trou, il faut passer, négocier. C’est plus compliqué, c’est du multiconvention, mais au moins cela baisse les prix. Chez l’habitant, il y aura deux prises activées (quatre prises dans l’entreprise) et la possibilité de passer à quatre dans la maison, ce qui n’est pas toujours simple avec les résidences secondaires, mais le bouche à oreille fonctionne. Du côté des bailleurs, nous privilégions la communication avec les habitants, et cela fonctionne. Sur nos territoires, il y a beaucoup de grands-parents, et ce sont les petits-enfants qui les tirent. Le fait que les grands parents disent qu’ils ont maintenant du 100 Mbit/s à la maison, cela paraît un détail, mais sur les littoraux, cela a de l’importance ! Nous avons des soucis de foncier, car notre territoire est petit, nous n’allons pas faire des maisons de retraite partout. Les gens sont plus heureux chez eux et vivent plus longtemps. Il y a donc une grosse demande pour tous les services à domicile, la médicalisation à domicile... Il y a à Caen des centres de recherche sur les nano-technologies, nous avons aujourd’hui des « bijoux » très discrets avec des capteurs à l’intérieur, il y a des suivis médicaux à distance, des centraux téléphoniques avec des infirmières et des médecins... Les gens vivent donc à l’aise chez eux à 90 ans, plutôt que d’être dans un EHPAD. C’est une demande très forte à laquelle la technologie permet aujourd’hui de répondre. Nous n’avons rien inventé, cela existe au Canada depuis très longtemps pour des fermes qui sont à 100 km de toute habitation…

Patrick VUITTON
Merci pour cette intervention très imagée !

— - Questions / Réponses
NOUVEAUX RÉSEAUX D’INITIATIVE PUBLIQUE FTTH


Yan PAMBOUTZOGLOU, Syndicat Mixte Dorsal
J’ai une demande de précision concernant l’agglomération de Laval. Vous avez dit que votre délégataire pourrait sous certaines conditions se substituer à l’opérateur privé qui intervient sur la ville de Laval. Qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Idir AÏT-ARKOUB
Je vous ai dit qu’une intention d’initiative privée avait été déposée pour déployer du FTTH sur la ville de Laval, la ville centre. C’est ce que l’on demande tous : si les opérateurs déployaient de la fibre sur toutes les communes, cela éviterait que les collectivités soient obligées de dépenser de l’argent pour le faire ! A partir de là, notre DSP ne peut plus alimenter la ville de Laval, même d’un point de vue pilotage. Ce qui a été conclu avec le délégataire que nous avons retenu c’est que, si l’opérateur privé qui avait déclaré son intention de déployer du réseau sur la ville de Laval ne le faisait pas, le délégataire prendrait le relais et équiperait tous les foyers de la ville de Laval en FTTH. Est-ce plus clair pour vous ?

Yan PAMBOUTZOGLOU, Syndicat Mixte Dorsal
Oui, mais j’avais cru comprendre que le délégataire pouvait être le même que celui qui avait manifesté une intention sur la ville de Laval…

Idir AÏT-ARKOUB
C’est exactement le même, d’où son engagement peut-être ! Mais pour nous, il était effectivement important d’avoir cette certitude et cela dans un calendrier qui se calque sur celui que je vous ai montré précédemment.

Benoît DEY, Dreux Agglomération
Toujours une précision sur Laval : lorsque vous avez lancé votre DSP, aviez-vous inclus la ville centre dans le périmètre ?

Idir AÏT-ARKOUB
Dans un premier temps, trois briques figuraient dans la délibération du conseil communautaire qui alimentait de cahier des charges : une brique développement économique sur une partie des zones d’activité ; 11 000 foyers uniquement sur la ville de Laval ; et ensuite, pour les zones peu denses, uniquement un accès à 2 Mbit/s. C’est au cours de la négociation et au fur et à mesure des propositions des candidats que nous avons évolués sur ce point. Aujourd’hui nous sommes dans une situation où l’ensemble de l’agglomération sera équipé en FTTH.

Patrick VUITTON
Je voudrais souligner que cette table ronde vient conclure deux jours durant lesquels nous nous torturons la cervelle pour savoir s’il faut aller ici ou là, la réglementation étant comme ci ou comme ça… En tout cas, vous témoignez du fait qu’à partir du moment où l’on s’engage, on a des réponses, et même des réponses qui sont plus positives que celles que l’on attendait au début. Et que même ceux qui n’étaient pas forcément favorables au lancement des procédures finissent par y répondre et parfois par les emporter ! C’est le signe qu’il faut continuer à agir. L’histoire n’est pas finie, il faut en effet que ce qui a été écrit se déroule, se contrôle, se mette en œuvre, et il y a encore des questions sur la commercialisation sur ces réseaux FTTH, en particulier le co-investissement dont toutes les règles n’étaient pas forcément prévues au moment où vous l’avez fait… Il y aura donc des adaptations. Nous avons connu cela sur la première génération de réseaux d’initiative publique sur la collecte également, et le bilan qui en a été dressé, y compris par l’ARCEP, a été très positif. En tout cas, merci d’avoir témoigné du fait que l’on peut avancer, même dans une zone d’incertitude et même dans une zone d’intention d’investissement privé !

Nous vous donnons rendez-vous à un prochain colloque les 22 et 23 novembre pour un TRIP 2011, parce que d’ici là, plein de choses auront encore certainement bougé !

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Pour aller plus loin :
>>> TRIP 2011 les 22 et 23 novembre à Paris
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3.8 Mo - Les actes de la table ronde version pdf


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L’Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel regroupe 231 adhérents soit 50 Villes, 68 Communautés urbaines ou d’agglomérations, 19 syndicats de communes, 70 structures départementales et 24 régionales, soit 62.000.000 d’habitants.