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Zone AMII et besoins des entreprises : FTTx et histoire d’O, 13 avril 2012

Le Groupe technique d’échange entre l’ARCEP, les collectivités locales et les opérateurs du 21 mars 2012 a été l’occasion d’en savoir davantage sur les réponses apportées par FT – Orange et SFR aux entreprises clientes situées en zones d’Appel à Manifestation d’Intention d’Investissement (AMII). Ces deux opérateurs présentent des approches différentes sur le FTTx, et il faut bien distinguer le Fiber To The Home (FTTH) du Fiber To The Office (FTTO). Quelles sont les offres accessibles ? Avec quels niveaux de service ? Selon quelles technologies ? Dans quels délais, et à quels coûts ? Quels déploiements en et hors zones d’activité économique ? Les réponses restent partielles, et les nombreuses incertitudes qui subsistent montrent que l’initiative publique reste nécessaire.

Pour FT – Orange, un monde économique à deux vitesses

L’opérateur historique distingue 2 catégories dans sa clientèle entreprise : celles, représentant une petite moitié de la demande professionnelle, dont les besoins se rapprochent de ceux des particuliers (commerçants, professions libérales, implantations multi-sites raccordées aux réseaux de leurs maison-mères,...), pour lesquelles les solutions d’entrée de gamme sont jugées satisfaisantes (ADSL aujourd’hui, FTTH demain) celles ayant des exigences plus fortes en matière de niveau et de garantie de service (sièges sociaux, SSII, établissement de soins,...), pour qui des accès SDSL s(er)ont progressivement remplacés par des accès FTTO.

Pour les premières, l’offre FTTH correspond à un débit théorique de 100 Mb grâce à une architecture PON « point à multipoints », avec les mêmes engagements de qualité de service que pour l’offre ADSL  ; celles ayant des « usages critiques » bénéficient quant à elles d’un débit garanti et symétrique élevé (10 Mb à 10 Gb) avec des engagements similaires à l’offre SDSL rendus possibles grâce à des fibres dédiées, donc une architecture FTTO. Selon FT, 75% des entreprises de plus de 20 salariés y seraient d’ores et déjà éligibles. De nombreuses collectivités notent toutefois que les frais d’accès sont parfois très importants, quand le réseau est éloigné de l’entreprise ; et les offres de gros de France Telecom sont souvent en général moins ouvertes techniquement et intéressantes au niveau tarifaire que celles des réseaux d’initiative publique locaux.

FT envisage de couvrir l’intégralité d’une commune en zone AMII dans un délai de 5 ans à compter du lancement du déploiement (sauf "difficulté technique justifiée") ; le dimensionnement des points de mutualisation est établi en concertation avec les collectivités et les opérateurs sur une base de 300 logements et locaux professionnels minimum. En dehors des zones très denses, le mode opératoire diffère selon la typologie d’immeuble : en collectif (résidentiel ou mixte), le réseau est construit jusqu’aux boitiers d’étages après accord de la (co)propriété ; en immobilier d’entreprise, seule la partie horizontale est réalisée à l’origine, le dernier tronçon (jusqu’au local technique de l’immeuble) étant réalisé dès demande d’un FAI d’entreprise.

Le déploiement FTTH est effectué par lotissements annuels, selon une méthodologie préétablie (études, plan de déploiement par lot et discussion avec la collectivité notamment sur l’implantation des points de mutualisation, et consultation des opérateurs).

SFR garde ses distances

SFR adopte une logique sensiblement différente : alors qu’il considère que l’architecture FTTO est la seule capable de satisfaire le niveau d’exigence de la plupart des professionnels, l’opérateur ne déploie que des réseaux... FTTH en zone AMII, avec des infrastructures et des services de base en GPON. Le calendrier de déploiement est communiqué aux communes ; la priorité est accordée aux zones résidentielles ou mixtes, et l’immobilier d’entreprise diffus dans ces secteurs est également desservi en FTTH. Ce déploiement concerne le tronçon aval du point de mutualisation, jusqu’au point de branchement, charge au FAI de construire la partie finale (raccordement d’usager).

Les zones d’activité des communes desservies par SFR en zone AMII font l’objet d’un traitement spécifique : les points de mutualisation ainsi que le réseau horizontal sont dimensionnés de manière à permettre le déploiement d’une fibre par entreprise de la ZAE ; le point de branchement n’est réalisé que lorsqu’une demande est effectuée par un FAI d’entreprise, sur étude, avec une tarification qui dépend des infrastructures mobilisables...

Faire, ou laisser faire ?

Il apparaît alors que si les deux opérateurs font le distinguo entre les offres aux particuliers et TPE (FTTH) et celles à destination spécifiques des entreprises (FTTO), le parallèle s’arrête là : FT Orange se dit prêt à raccorder toute la clientèle professionnelle, mais selon deux modalités distinctes selon le niveau de service attendu ; SFR fibre les entreprises diffuses dans les zones d’habitat, et se contente d’approcher celles concentrées en ZAE avec des conditions de raccordement très incertaines en matière de délais, de coûts, et même de faisabilité.

Non seulement aucun des deux opérateurs ne s’engage à déployer le FTTO de façon systématique, mais en plus les conditions d’accès ne peuvent être connues à l’avance par les entreprises ou leurs territoires d’accueil. Cela pose également la question de l’architecture des réseaux, car si l’architecture PON permet de dédier des fibres depuis les points de mutualisation, ceux ci doivent être suffisamment desservis en amont pour satisfaire toute la demande potentielle en zone arrière.

Toutes ces subtilités relativisent considérablement les intentions de déploiement affichées lors de l’AMII ; les collectivités soucieuses de l’aménagement numérique de leurs territoires pourraient donc être tentées de prendre l’initiative plutôt que de dépendre du bon vouloir des opérateurs en termes de délais, de coûts... et de réalité du déploiement FTTx. Certaines ont même déjà franchi le pas en lançant des DSP prévoyant du FTTx en zone AMII.

Sarreguemines redessine ses frontières d’intervention et Poitiers livre bataille

Le dernier colloque que l’AVICCA a consacré au Très Haut Débit le 19 mars 2012 a permis à la Communauté d’Agglomération de Sarreguemines Confluences de présenter sa stratégie en l’absence d’initiative privée pour le fibrage de ses zones d’activité économique : ce territoire a choisi de construire un réseau FTTx répondant aux exigences du label « ZATHD », exploité grâce à une DSP par affermage dont le terme coïncide avec celui de la DSP du réseau câblé préexistant. L’Etablissement Public de Coopération Intercommunale a fait état de nombreuses difficultés, tant pour la modernisation du réseau câblé que pour la construction de la plaque raccordant ses sites d’activité ; il recommande notamment de se doter d’emblée de la qualité d’opérateur afin d’éviter les contraintes liées à l’accès aux infrastructures existantes sur la partie terminale.

Lors de ce même colloque, le représentant de l’agglomération Poitiers a déclaré en substance que l’aménagement numérique était une affaire beaucoup trop importante pour qu’on la confie aux seuls opérateurs privés... Ici également, c’est le manque d’appétence des opérateurs pour les sites économiques qui a amené la collectivité à fibrer les zones d’activité, laissant le FTTH à l’initiative privée, sous surveillance de la collectivité.


>>> présentation de la CA Sarreguemines Confluences au colloque THD du 19-03-2012

>>> présentation de la CA du Grand Poitiers au colloque THD du 19-03-2012


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