Numérique / Territoires

Quel équipement pour des lycéens créatifs ? WiFi, prises électriques, mémoire et BYOD Septembre 2018

Vincent Faillet est professeur de sciences et vie de la terre dans un lycée. Il a changé sa pédagogie : il a d’abord laissé les élèves réorganiser leur salle de classe, puis les a autorisés à se déplacer et à écrire sur "son" tableau pour réaliser des exercices en commun ou s’expliquer le cours, entre eux. Il a finalement changé de forme scolaire. Le numérique est alors sorti de la poche des élèves, naturellement. Aujourd'hui, il a besoin d'un « bon » WiFi, de prises de courant et de capacité mémoire disponible sur les machines personnelles des élèves. 

Image de la salle de classe "du futur"
La classe dite "du futur"

 

Lorsque l'on cherche "classe du futur", on trouve des images comme celle ci-dessus. Et pourtant, cette salle de classe n’a rien de nouveau. En dehors des écrans, elle ressemble furieusement à une salle de classe du 18ème siècle comme celle ci-dessous où les enfants sont, comme le définissait le dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson en 1888, « forcément astreints à un silence, à une immobilité ».


Gravure : salle de classe au 18ème siècle

 

Or plaquer des outils numériques sur une pédagogie du 19ème siècle est inutile, de nombreuses études l'ont montré dont en 2015 celle de l'enquête internationale PISA. Pis, conserver cette ambiance, cette forme scolaire presque ascétique, semble peu propice au développement des compétences attendues dans le futur et en tout premier des compétences d’innovation, de créativité et de collaboration.


Ecoliers en 2010

 

Pour Vincent Faillet, il est nécessaire de repenser les règles de fonctionnement de la salle de classe. Il a également vu que les élèves peuvent s’expliquer des notions complexes, entre eux, et par là même mieux les comprendre. Cette posture les rend plus actifs et leur permet de (re)trouver le plaisir d'apprendre, moteur essentiel de l'apprentissage comparé à un enseignement entièrement magistral où les élèves demeurent passifs. Enfin, elle prend en compte le corps de l’élève qui doit aujourd'hui rester pendant des heures assis et silencieux.

 

La place du numérique doit aussi être repensée. En classe, c'est un numérique collaboratif qui est recherché, un numérique où les élèves ne restent pas seuls devant leur écran (comme sur la première illustration de l'article). Il doit devenir une ressource commune à plusieurs élèves qui collaborent et qui recherchent une information. Ou encore être utilisé pour enregistrer un travail commun qui sera ensuite partagé sur le réseau social de la classe. 



Classe de Vincent Faillet, les élèves s'enseignent entre eux : ils sont actifs et collaborent. 

 
 

Dans le ménage à trois - enseignant, institution centrale et collectivités-, le professeur invite ces dernières à faire remonter à l’Education nationale que les schémas sont dépassés, que mettre du numérique partout sans changer la forme ne sert à rien. 

« Dans une salle de classe, j’ai besoin de WiFi (j’ai un routeur qui est tombé du camion, un WiFi sauvage !), j’ai besoin de prises pour que les élèves rechargent leurs smartphones, et j’ai besoin d’un cadre législatif clair. Si je demande à Léa d’utiliser sa tablette pour travailler à plusieurs et que Maxime la casse en l’utilisant, qui est responsable ? Le chef d’établissement, Maxime, Léa ou moi ? Ce sont des questions qu’il faut trancher. Pour moi l’avenir est réellement dans le BYOD et pas dans le numérique. On est dans une course aux armements qui est perdue d’avance. » répond l'enseignant aux questions des collectivités et il ajoute : 


Classe de Vincent Faillet : l'élève prend avec son smartphone l'exercice effectué en collaboration et le partage sur le réseau social commun à la classe.

 

« […] Je n’ai pas fait un projet numérique tout simplement parce que je me suis tellement focalisé sur la classe et la pédagogie que j’ai oublié le numérique. Le numérique sort de la poche des élèves quand ils en ont besoin. C’est cela qui est différent, le numérique prend la place qu’il doit prendre. 

[…] Sinon, ils utilisent leurs smartphones en cours pour regarder des vidéos, ils cherchent des données ou des exercices... Ils l’utilisent quand ils en ont besoin et cela, c’est très intéressant. 

Le problème pour moi est double. Il y a d’abord la connexion, car je n’avais pas conscience que les élèves avaient consommé toutes leurs data le 10 du mois, et deuxièmement leurs téléphones sont pleins et quand on leur demande de télécharger une appli, c’est impossible. C’est une difficulté que je n’ai pas encore réussi à résoudre. » 

 


La classe de l'an 2000 à l'exposition universelle de 1900.

Illustration de JM Côté : "L'enseignement en l'an 2000" pour l'exposition universelle de 1900

 

 

Vincent Faillet est venu présenter la métamorphose de sa classe au colloque de printemps 2018 de l'AVICCA.