Les mots « souveraineté numérique » sont sur toutes les lèvres. Mais les discours sont-ils pour autant suivis d’effets ? C'est ce dont il sera justement question au TRIP de printemps, ce 13 mai, avec la présentation de cinq initiatives pour regagner la maîtrise de la transformation numérique territoriale, nationale voire européenne.
Région, Département et Commune, en première ligne
La Région Occitanie est ainsi engagée depuis 2023 dans la volonté de remplacer la suite Office 365 par des alternatives de services souverains : bureautique, messagerie, visio, chat, téléphonie… La Région a confié son dialogue compétitif à une centrale d’achat publique. Résultats : 11 candidats déclarés, 7 retenus et une offre qui devrait être inscrite au catalogue de la centrale dès l’été, disponible également pour d’autres collectivités.
Côté départemental, l’inauguration récente par la Côte-d’Or de son cloud souverain est une autre piste d’action. Concrètement, il s’agit de l’établissement d’un micro-datacenter, une infrastructure numérique locale. Elle permet de stocker jusqu'à 1,8 pétaoctet de données, avec une puissance de calcul équivalant à 50 000 ordinateurs. Une initiative qui vise notamment à rendre les communes du département plus sécurisées en leur permettant d’accéder à une messagerie indépendante des GAFAM, un espace de stockage, etc.
Autre action, au niveau communal cette fois : Échirolles (Isère) se caractérise par l’adoption d’un schéma directeur numérique qui mise depuis 2014 notamment sur les logiciels libres, avec un tournant décisif en 2021. Ce plan méthodique, à moyens constants, vise à opter autant que possible pour des solutions open source et auto-hébergées, dans tous les domaines de compétences de la ville. Échirolles est d’ailleurs reconnue dans cet écosystème du Label Territoire Numérique Libre de niveau 5 décerné par l’ADULLACT. Un engagement qui se prolonge au sein du collectif France Numérique Libre qui rassemble 300 collectivités autour de la veille et du partage de bonnes pratiques.
État et Europe à la manœuvre
Enfin, dernière initiative territoriale en date, les métropoles et intercommunalités ont lancé, il y a un peu plus d’un an, TIE Break. La trajectoire d’indépendance européenne en matière de numérique s’appuie sur un outil d’autodiagnostic développé par Nantes et Montpellier. À terme, les dizaines de collectivités impliquées souhaitent établir un catalogue de solutions plus souveraines. Ces « communs numériques » pourraient faire économiser des centaines de millions sur les coûts des licences des logiciels états-uniens tout en brisant le lien d'extraterritorialité. Coup double !
Dans le prolongement de la stratégie des communs de 2023, la Direction du numérique de l’État (DINUM) ne semble d’ailleurs pas en reste. Après la présentation par l’ANCT de La Suite Territoriale à destination des communes de moins de 3500 habitants, lors du TRIP d’automne dernier (voir le verbatim ci-dessous), la DINUM expliquera la circulaire sur la commande publique numérique du Premier ministre (5 février 2026). Elle présentera également son implication dans l’«European Digital Infrastructure Consortium». Cet EDIC est l’instrument mis à la disposition des États européens dans le cadre du programme d’action pour la décennie numérique à l’horizon 2030, afin d’accélérer et de simplifier la mise en place et en œuvre de projets plurinationaux.
Qu’est-ce que la souveraineté numérique ? Comment répondre à cette nouvelle exigence dans une Commune, dans un Département, dans une Région ? Que font l’État et l’Europe pour impulser des pistes d’actions ? Quels en sont les enjeux en termes de marchés publics, de conviction des dirigeants comme des agents territoriaux, de légitimité des porteurs de projet, de perspectives sur les IA ? Cédric O, ancien secrétaire d’État du domaine, l’avait bien dit en son temps : nul État n’est totalement souverain sur toute la chaine de valeur du numérique. Pour autant, le contexte géopolitique et économique de plus en plus instable incite le secteur public à mieux maitriser sa dépendance aux MAAMA ou autres BATX. La quête du Graal, comme tout voyage de mille lieues, commence toujours par un premier pas.