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Observatoire de la Transition Numérique des Territoires 2026

28/05/2026

A l’occasion de son colloque de printemps, l’Avicca et InfraNum ont présenté l’édition 2026 de l’Observatoire de la Transition Numérique des Territoires (TNT), en partenariat avec la Banque des Territoires.

Celle-ci confirme notamment que le Plan France Très Haut Débit s’approche sensiblement de son objectif d’une égalité d’accès au numérique en tout point du territoire. Toutefois les résultats posent aussi un constat : il faut réformer de toute urgence le modèle économique sur lequel repose ces réseaux, sans quoi le patrimoine numérique commun risque d’être compromis.

UN MODÈLE ÉCONOMIQUE À BOUT DE SOUFFLE

L’Observatoire 2026 alerte une nouvelle fois sur l’urgence de repenser le modèle économique actuel des RIP qui repose jusqu’alors sur des contrats conclus par des opérateurs commerciaux dont les hypothèses datent de 2015 dans le meilleur des cas : aujourd’hui, ces hypothèses sont largement obsolètes impactant l’ensemble des acteurs de la filière.

Les causes sont connues mais il n’est pas inutile de les rappeler :

  • En zone RIP l’adoption de la fibre atteint 60 % en moyenne, loin des 80 % prévus dans le modèle Arcep de 2015 et donc dans les contrats initiaux. Ce manque à gagner fragilise directement les revenus des réseaux. Par ailleurs, cette adoption de la fibre s’avère très inégale d’un territoire à l’autre, indépendamment de la date d’ouverture du réseau ;
  • À cela s’ajoutent les surcoûts non anticipables qui se sont multipliés ces dernières années, notamment des coûts liés à un génie civil hérité mal documenté et à la destruction quasi systématique des réseaux lors des opérations de raccordements par les OCEN ou encore les coûts de remise en état liés au changement climatique.

L’Arcep conduit actuellement un travail de réévaluation des conditions économiques des RIP. Les acteurs de l’écosystème attendent des résultats significatifs et applicables rapidement. L’enjeu dépasse le seul équilibre financier des réseaux : ce sont 39 000 emplois sur l’ensemble du territoire qui en dépendent directement.

UNE PRISE DE CONSCIENCE SUR LA RÉSILIENCE, MAIS UN MANQUE DE MOYENS

La fermeture du cuivre est essentielle à la bonne fin du Plan France THD, mais exige un accompagnement renforcé pour éviter le recours à des solutions de substitution radio qui fragiliseraient la promesse d’égalité territoriale. A ce titre, les réseaux fibre doivent garantir la continuité et la qualité des services, mais ils sont de plus en plus exposés au dérèglement climatique et à la multiplication des actes de malveillance. Ces incidents génèrent des coûts de remise en état importants qui, répétés d’une année sur l’autre, pèsent lourd sur des budgets déjà contraints.

La prise de conscience est réelle : 45 % des répondants ont réalisé ou réalisent actuellement un schéma local de résilience, plus de 80 % l’envisagent dans les prochaines années. La mise en œuvre de ces schémas permet de mieux coordonner les acteurs du territoire en situation de crise, de réduire les délais d’intervention et de limiter les impacts sur les usagers.

Les collectivités ne disposent pourtant pas, à l’heure actuelle, d’une marge économique suffisante pour financer les travaux structurants de prévention. Sans investissement préventif, le coût des crises continuera d’augmenter, aggravant encore un peu plus la pression financière sur des réseaux qui manquent déjà de moyens.

« Le Plan France Très Haut Débit a tenu sa promesse : la fibre a changé la vie des territoires. Mais ce succès ne doit pas masquer une réalité : sans révision urgente du modèle économique, nous risquons de ne pas pouvoir entretenir ce que nous avons construit ensemble. L’heure n’est plus aux constats, elle est aux décisions. » déclare Ilham Djehaich, Présidente d’InfraNum.

LA MUTUALISATION, SOCLE DE NOUVEAUX SERVICES NUMÉRIQUES DE QUALITÉ, SÉCURISÉS

Au-delà du déploiement de la fibre, les structures de mutualisation s’affirment comme des opérateurs numériques de territoire à part entière. Leur position d’intermédiaire de confiance leur permet de mettre à disposition des communes de leur territoire des services numériques de qualité, sécurisés, tout en optimisant les coûts. Cela répond à un besoin de nombreuses collectivités qui n’ont pas nécessairement le financement, les compétences pour mettre en œuvre un numérique maîtrisé, ni le poids nécessaire pour en négocier les conditions d’accès.

L’Observatoire confirme un engouement marqué pour de nouveaux services : solutions IoT, cybersécurité, hébergement de données, vidéo-captation. En effet, 70 % des répondants déploient ou sont en train de déployer des solutions IoT mutualisées à destination des collectivités de leur territoire.

LES DATACENTERS DE PROXIMITÉ ONT LE VENT EN POUPE

L’hébergement de données illustre également cette dynamique et s’impose comme un nouveau terrain de souveraineté numérique locale : avec plus de 310 datacenters recensés en France, les infrastructures de proximité continuent de se développer. Elles offrent une alternative crédible aux solutions cloud des hyperscalers, au bénéfice des collectivités les plus petites.

Enfin, la mobilité électrique illustre comment ce modèle peut s’étendre à de nouveaux enjeux de territoire. Le déploiement des bornes IRVE sur le domaine public reste un marché à structurer : la donnée et le numérique, portés par les structures de mutualisation, peuvent y jouer un rôle décisif pour optimiser les usages et rationaliser les investissements des communes.

« La péréquation existait du temps du réseau cuivre, nous n’inventons rien. Aujourd’hui, ce réseau s’éteint et la fibre optique doit pouvoir prendre le relai et financer au passage sa résilience puisque ce sera le seul réseau fixe disponible sur l’ensemble du territoire. Sans péréquation pour la fibre, certains RIP risquent d’être revendus à vil prix à des acteurs privés qui eux, ne se gêneront aucunement pour augmenter leurs tarifs, supprimer des dessertes FttH des zones non rentables et remplacer la fibre par du satellite. » ajoute Patrick Chaize, Président de l'Avicca.