Numérique / Territoires

Un AMI pour 30 fabriques numériques de territoire Août 2019

Trop peu, trop tard ? Le Gouvernement a lancé, le 11 juillet 2019, la première vague d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la création ou le soutien de tiers–lieux numériques, nouveaux ou déjà créés, dans les territoires politique de la ville ou les zones rurales. L’objectif : résoudre notamment la difficile équation de services de l’état toujours plus dématérialisés et de populations encore éloignées des usages en ligne (13 millions de Français, selon des études convergentes). Un programme interministériel spécifique, initié par la Mission Société Numérique, vise donc à créer de « nouveaux liens » en favorisant de « nouveaux lieux », confortant leur hybridation déjà engagée pour raison de survie entre espaces de coworking, FabLab, nouvelles Micro-Folies voire ex-maisons de services publics (bientôt labellisées France Service, on l’espère pour la majorité d’entre elles). 

Ce nouvel AMI permanent est doté de 45 millions d’euros, pour identifier d’ici 2022, 300 fabriques, dont 150 seront implantées en quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV). L’État soutient à hauteur de 75 000 à 150 000 euros sur trois ans ces Fabriques de territoire. 30 d’entre elles plus spécifiquement « numériques » seront soutenues, en 2019, par un bonus financier de 100 000 euros par tiers-lieu (appel ouvert jusqu’au 15 octobre 2019). Un effet d’aubaine à ne pas négliger tant l'équilibre économique de ces lieux est complexe à conserver dans la durée.

Pour mémoire,  la mission  conduite par Patrick Lévy-Waitz (président de la Fondation Travailler autrement) a recensé 1800 tiers lieux en France, dans son rapport  « Faire ensemble pour mieux vivre ensemble », remis en septembre 2018. Ces espaces publics numériques (EPN), Points Cyb, Espaces Culture Multimédia ou autres Cyberbases étaient jusqu’à 3 fois plus nombreux, au temps des emplois-jeunes et de la Mission d’accès public à l’internet. Les élus locaux des quartiers comme des campagnes savent depuis longtemps que la continuité en matière de politique publique d’accompagnement numérique des populations repose sur des infrastructures réseaux à très haut débit (FttH de préférence) et la pérennisation des emplois des structures (qui sont majoritairement sous forme associative). Les animateurs sociaux y sont bien souvent à la fois techniciens multimédia, agents administratifs polyvalents, webmestres territoriaux, voire responsables informatique communal ! Ils devront donc désormais être en plus codeurs, makers et concierges des espaces de télétravail...

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Pour mémoire encore :

Rapport du CNum en 2013 : "Presqu’à contre courant dans un monde où l’intermédiation semble obsolète, tellement les outils semblent faciles à utiliser, le rapport souligne l'importance des médiations humaines. En dématérialisant à outrance, le public et le privé ont détérioré leurs relations avec leurs usagers, les empêchant parfois d'accéder à leurs services. Le rapport plaide pour une réintroduction de ces médiations humaines."

Article Avicca en 2003 : " (...) en l'absence de budgets d'accompagnement (de fonctionnement), la fermeture d'EPN risque de se poursuivre (Alsace, Ile-de-France...). L'Etat ne donne d'ailleurs pas l'exemple. Il a été décidé de pas poursuivre la création de Point Cyb (implantations dans les quartiers défavorisés) et d'Espaces Cultures Multimédia en 2004, de ne pas reconduire les budgets de coordination du réseau des Points Cyb, et de procéder à la "dé-labellisation" d'un certain nombre d'Espaces Cultures multimédia (...).